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Retour de Tahiti et création du Blog Expressions.

Combler la distances entre les îles par le blog, un espace d'échanges de partage, d'expression.


Les moments inoubliables, on les savoure bien longtemps après. Pour une première fois que je participe à Lire en Polynésie, salon littéraire dont la thématique fut « Histoires d’îles », je fus étonné, surpris, subjugué par plusieurs choses dont je voudrais faire part. D’abord la qualité de l’accueil qui réconcilie les arts et pratiques sociales océaniennes avec l’efficacité de la radio occidentale. L’organisation et la logistique sont impeccables et ceci dès notre arrivée à Faa’ a. Le maître d’œuvre Christian Robert, personnage à l’image du syncrétisme tahitien, qui conjugue le spirituel avec le matériel, reçoit la délégation calédonienne menée par Christophe Augias. Encadrés par l’équipe féminine, d’entrée de jeu, nous sommes immergés dans une île d’histoire. Très vite je jette comme de vieux manous usés toutes les lectures stéréotypées sur la Polynésie française. Tahiti m’initie à l’Océanie avec une autre approche que Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Nous sommes logés dans un endroit mana-fique, pour créer un néologisme approprié à l’histoire, la baie de Matavai. Samuel Wallis fut le premier Européen à échouer le 23 juin 1767 à Tahiti. La plage de sable noir aux vagues régulières parait murmurer la nuit des lamentations inquiétantes ou des berceuses rassurantes. Nous sommes dans un endroit mystique à l’image de pratiquement tous les lieux ici. Qui furent possédés ? Les marins anglais, puis français, qui prirent possession au nom de souverainetés occidentales déterritorialisées ? Aujourd’hui, tourisme mondialisé, Tahiti et les autres îles, attirent les clientèles américaines. L’accueil combine stratégies commerciales et rituels « tahitiens ».

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Polynésie ouverte et expansive ? Mélanésie fermée sur soi et inclusive ? Il est difficile de parler des histoires des segmentations ouvertes ou fermées. La danse des Vahinés est d’apparence docile et érotique. Elle exprime quelque chose que je n’ai saisi qu’à travers la stupéfiante chorégraphie de la performance artistique culturelle Pina’ina’i écho de l’esprit et des corps produit par Littérama’ohi. L’association promeut la littérature autochtone de la Polynésie française. Leur dernière publication est dirigée par la grande écrivaine Chantal Sptiz : « Les mots se libèrent des pages pour danser sur des sonorités joyeuses et douloureuses ». La chorégraphie et mise en scène de Moana’ura Tehei’ura réussit cette performance d’enchevêtrer mots, poésies, légendes, langue française et tahitienne, danses avec jeux des comédien.nes. Une des dernières scènes frappe fort et juste. De sveltes vahinés emmitouflent à première vue leur bébé. Elles ouvrent le tissu et laisse choir d’énormes os de bœufs à même le plateau. Quoi de plus vrai que la dénonciation des maladies, cancers et autres, que le nucléaire français a apporté à Mururoa ou Aopuni ! Les chorégraphies, les performances, les mises en spectacle des textes clamés chantés produisent au bout du compte une œuvre d’art vivante et un livre remarquable. Les littératures autochtones éclatent de vie et tracent à leur manière leurs histoires. Le salon « Lire en Polynésie » est unique. Au centre de la Maison de la culturelle, Les stands entourent le lieu central où l’imposant banian sur le paopae e Hiro, nom du chantre de la culture ma’ohi, pèse de sa présence ancestrale. Jean-Marc Pambrun, ancien directeur du centre culturel, a consacré un ouvrage précis et détaillé sur Hiro. On est en plein rayonnement culturel. Les gens y défilent et les prestations aussi. J’avais demandé à Christian Robert de jouer le discutant de mon dernier livre sur Yeiwene Yeiwene. Il se prêta volontiers au jeu littéraire. Toutes les tables rondes et communications furent de haute voltige et réconciliaient gravité et légèreté. Le public avait apprécié les performances de Paul Wamo, Isa Qala et de sa cousine Tregöle Sihaze. Ces deux artistes mirent en musique des nouvelles sur Lifou (île de Nouvelle-Calédonie) leur conférant une charge émotive puissante. Il régnait dans ce salon une intensité culturelle affective et intellectuelle que je n’ai rarement vu et ressenti ailleurs. La manifestation démontrait que nous étions dans des îles d’histoire. Il restera à poursuivre et à ce que les Océaniens autochtones commencent à écrire eux-mêmes leurs propres pages d’histoires.

Dans les rituels coutumiers kanak, on fait une coutume d’au revoir et de remerciement. Je voudrais remercier Tahiti, les concepteurs de Lire en Polynésie et je me réjouis encore de toutes les rencontres occasionnées.

Retour de Tahiti et de Lire en Polynésie Novembre 2019

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