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DOXOCRATIE

Etymologie : du grec doxa, opinion, avis, jugement, rumeur, et du grec "kratos", pouvoir, autorité. Le terme doxocratie a été forgé, avec le sens de démocratie d'opinion, par Jacques Julliard, journaliste directeur délégué de la rédaction du Nouvel Observateur, dans une chronique publiée dans cet hebdomadaire le 23/10/2007 et intitulée "De la doxocratie : L'histoire dans la rue".

Extrait : "Sommes-nous en train de passer de la démocratie représentative de naguère à la démocratie d'opinion, que j'appelle "doxocratie" ? Le référendum sur l'Europe, la dernière campagne présidentielle vont dans ce sens. Aujourd'hui, pour qu'une loi soit mise en application, elle a besoin non seulement d'un vote du Parlement mais de l'aval de l'opinion publique, voire de "la rue". C'est revenir aux origines antiques de la démocratie, avec ses avantages mais aussi ses dangers." La transformation que décrit le terme "doxocratie" est le passage d'un régime parlementaire dans lequel l'électeur délègue sa souveraineté à celui qu'il élit, à un système où les citoyens entendent participer au gouvernement de la nation grâce aux sondages, à la télévision et à Internet. Avec un sens plus proche de l'étymologie, la doxocratie est un système politique régi par l'opinion, où règnent les sondages, les modes médiatiques, les pensées dominantes, et se traduit par une forme de populisme. Se pose alors la question de l'indépendance et de la représentativité des grands médias qui se font l'écho des "pensées dominantes". (La toupie.fr)


Réflexions à propos :


- Nous évoluons désormais sous le joug de la doxocratie, un «egosystème» où chacun s’exprime à la vitesse de l’éclair, donc sans recul et suivant l’humeur du moment. — (« Questions d’image - Un été 2.011 », LeDevoir.com, 19 septembre 2011)


- Pour Julliard, c’est un fait : l’émotion a pris le pas sur la raison, l’exercice de la communication sur la chose communiquée, et la grande responsable de tout cela, c’est la «doxocratie», le règne de l’opinion, qui privilégie le consensus et donc le nivellement par le bas. — (« Jacques Julliard - Que sont les grands hommes devenus ? », LePoint.fr, 18 octobre 2010)


- Par contre, ce qui fait que le risque de la doxocratie mérite d’être couru, c’est que le jugement public pourrait être un phénomène permanent, encadré institutionnellement, alors que les sondages ne servent que le pouvoir en place, et que le vote n’est que ponctuel et périodique ! — (Pierre-Léonard Harvey, La démocratie occulte, 2004)


- Le paragraphe suivant, tiré d’un texte de Jean-Jacques Stréliski, publié dans le quotidien Le Devoir du 10 septembre 2012 :

« La troisième réflexion vise la société. Elle nous concerne tous collectivement et individuellement dans l’utilisation que nous faisons des médias sociaux - qui n’ont parfois de sociaux que leurs noms puisqu’ils contribuent grandement à générer de l’asociabilité et de la confrontation. Faudra-t-il demain les rebaptiser « médias asociaux » ? L’impact doxocratique de ces pratiques est évident tant cela conditionne inéluctablement les politiciens, les intellectuels et les journalistes à se concentrer davantage sur une réponse, voire une réplique, plutôt que sur une analyse méthodique et fondée. L’enjeu est désormais de réagir plutôt que d’agir. »


Discussions :


Cette doxocratie peut-elle contribuer à sauver la démocratie d’elle-même ? Non. Parce que cette « démocratie » reste un idéal, un but à atteindre, un idéat, comme disait Spinoza, non une réalité accomplie. Parce que ce qui est contesté, c’est moins la « démocratie proclamée que « l’oligarchie » effective que les institutions (dites « républicaines » mais en fait césaro-maonarchistes) contribuent à perpétuer.


En effet, l'opinion, dans l'Antiquité, était entre la science et l'ignorance. C'était un savoir pratique (cf Platon). Avec l'imprimerie, on démultiplie la possibilité de connaître le point de vue de tel ou tel. L'opinion progresse au XVIIIème siècle (Malesherbes...). Pour Tocqueville, les intellectuels sont liés à l'opinion car la monarchie contrôle tout le reste. Sous la Révolution, l'opinion publique est liée au pouvoir. Sous la monarchie censitaire, Guizot veut en faire un moyen de gouvernement. Il faut faire pression sur les masses. Ce sont les passions et non les intérêts qui ont donné naissance au nazisme, au communisme... Le conformisme intellectuel et social caractérise la démocratie d'opinion. Il faut laisser l'opinion s'exprimer par le suffrage universel pour qu'elle se modère, sauf deux exceptions : l'Italie fasciste et l'Allemagne d'après 1918. L'opinion est un sous-produit de la politique. Les progrès de la communication en font un risque de tyrannie et de totalitarisme. De Gaulle et son Appel du 18 juin puis jusqu'à sa mort. Il a toujours joué le peuple contre les élites. C'était un rebelle comme Mao, même une fois au pouvoir. Il allait de l'avant pour réaliser ce que l'opinion voulait : élection au suffrage universel du Président de la République, renvoi des soldats US... Pour Bourdieu, l'opinion n'existe pas. Pour lui, c'est un produit artificiel, les gens répondant sans cesse à des questions qu'ils ne se sont jamais posées sans y avoir jamais réfléchi.


Est-ce que ce phénomène amalgamant foule et peuple, ne servirait tout simplement pas à rappeler, que la représentation nationale n'est finalement que la représentation et que c'est le peuple qui décide. Benjamin Griveaux, par le retrait de sa candidature à la Mairie de Paris d'en faire l'exemple le plus frais !




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